« La poésie est le premier millimètre d’air au-dessus de la terre. »

Maria Tsvetaïeva

Reprenant le vers d’Hölderlin – « … l’homme habite en poète… » – Heidegger précise que « le vrai habiter a lieu là où sont les poètes » et que « la poésie est le faire habiter originel. » […] « La poésie est la puissance fondamentale de l’habitation humaine ».

Ainsi, nous basons notre approche sur le concept de « poétique de la rêverie » développé par Gaston Bachelard.

Selon Bachelard, la poésie est un espace à la frontière de la raison et de la rêverie. Les deux étant reliés par la question du mouvement, donc d’une certaine manière, par la question du vivant.

C’est seulement dans un espace en mouvement où le vivant s’articule avec le rationnel et le sensible que ces deux espaces antinomiques se rencontrent et se fondent.

Nous considérons que la raison et la rêverie sont les deux expressions les plus abouties de ce que l’esprit humain peut produire, en lutte contre les besoins communs, usuels, contre la vie réduite aux exigences d’utilité et de pragmatisme le plus ordinaire du terme.

La raison et la rêverie sont un arrachement aux facteurs d’inertie, des espaces où l’homme peut explorer différentes dimensions de son esprit et penser son action sur l’environnement. Dépouillant le monde de son utilité, la rêverie rappelle que l’homme est une création du désir avant d’être une création du besoin.

L’état de rêverie est une suspension du temps qui permet une ouverture de l’espace dans lequel nous vivons vers un autre espace à l’intérieur duquel nous ne pouvons peut-être pas faire certaines expériences au sens où nous expérimentons l’espace où nous nous mouvons avec notre corps.

En ce sens, la rêverie nous révèle à nous-même, nous révèle le monde tel qu’il serait selon nos aspirations les plus profondes. On peut imaginer, dans la vie sociale et professionnelle, une valorisation de la rêverie comme conception d’un monde à la hauteur de nos aspirations.